Dans cet article, je rédige et commente entièrement un exemple de dissertation de philosophie sur le sujet suivant : « Philosopher, est-ce apprendre à mourir ? ».

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Romain Treffel dissertation

Je trouve que « Philosopher, est-ce apprendre à mourir ? » est un sujet de dissertation de philosophie plutôt difficile. En effet, la question de la mort (qui n’est pas une notion du programme de terminale) rend l’énoncé assez précis, et il demande en même temps une bonne culture philosophique.

Savoir mourir est la seule chose qu’un jour on exigera forcément de nous.
– Sénèque, Lettres à Lucilius

En termes de méthode, je vais tout d’abord définir les termes du sujet, puis trouver une problématique. Je rédigerai ensuite l’introduction, les grandes parties du développement, et la conclusion en les commentant séparément.

Inspire-toi de cet exemple de dissertation de philosophie et tu seras plus à l’aise dès ton prochain devoir. Si tu as des questions, pose-les-moi dans les commentaires et j’y répondrai sans faute.

Travail préparatoire de l’exemple de dissertation

Je définis les termes du sujet de la manière suivante :

  • « philosopher » : c’est i) l’activité intellectuelle ii) que pratiquent les hommes appelés « philosophes » iii) dans le but d’atteindre la sagesse ;
  • « apprendre » : acquérir une i) connaissance, ii) un savoir-faire, ou iii) une disposition ;
  • « mourir » : i) cesser de vivre d’un point de vue biologique, ii) être dans un état de transition entre la vie et la mort.

Pour problématiser le sujet, je trouve le point de départ de ma réflexion ; puis j’en déduis le problème intellectuel de la dissertation à partir duquel je le formule ma problématique.

Quelle est l’idée frappante dans l’énoncé ?

L’hypothèse que la philosophie se réduise à l’apprentissage de la mort semble radicale.

On ne peut pas répondre « oui » à la question « Philosopher, est-ce apprendre à mourir ? », car cela disqualifierait beaucoup de questionnements philosophiques. Par exemple, la métaphysique, définie comme l’étude d’un ordre de réalités supérieures, ne traite pas de la préparation à la mort.

Le problème intellectuel est donc de savoir s’il faut exclure l’hypothèse surprenante soumise par l’énoncé.

Voici ma problématique : « La philosophie pourrait-elle se réduire à la préparation à la mort ? ».

Plan détaillé de l’exemple de dissertation

  1. Si la réflexion philosophique semble de prime abord embrasser un champ bien plus large que le seul thème de la préparation à la mort…

    1. Elle transcende le champ de l’existence humaine, de la vie et de la mort, lorsqu’elle porte sur l’essence de la réalité (La République, Platon).

    2. Elle dépasse l’échelle individuelle lorsqu’elle traite de l’organisation de la vie collective (Les politiques, Aristote).

    3. Elle prépare à la vie, plutôt qu’à la mort, lorsqu’elle est de nature éthique (Critique de la raison pratique, Kant).

  2. …ce thème apparaît cependant fondamental dans la sagesse existentielle que s’efforçaient d’atteindre les philosophes de l’Antiquité…

    1. La philosophie antique prévenait en particulier l’angoisse de la mort (Fragments, Épicure).

    2. Plus fondamentalement, elle préparait l’individu à la mort en changeant son rapport au temps qui passe (Lettres à Lucilius, Sénèque).

    3. En philosophant, l’homme apprenait aussi à se détacher du monde sensible (Gorgias, Platon).

  3. …ce qui révèle l’évolution du sens et du contenu de l’activité philosophique jusqu’à l’époque contemporaine.

    1. « Philosopher » a d’abord été, dans l’Antiquité, synonyme d’un mode de vie qui favorisait la conscience des limites de l’existence humaine (Qu’est-ce que la philosophie antique ?, Pierre Hadot).

    2. La philosophie est ensuite devenue une activité purement intellectuelle visant le développement d’une science rigoureuse (Métaphysique, Aristote).

    3. Les deux conceptions de l’activité philosophique alterneraient dans l’histoire de la philosophie (Histoire de la philosophie, Julian Marias).

Introduction de l’exemple de dissertation

Dans son Histoire de la philosophie, Julian Marias considère que seule la métaphysique mérite le nom de « philosophie ». « Philosopher », ce serait ainsi réfléchir en priorité à un ordre de réalités supérieures qui ne tombent pas sous les sens. Cette idée rend surprenante l’hypothèse interrogée par l’énoncé.

On peut entendre par « philosopher » l’activité intellectuelle que pratiquent les hommes appelés « philosophes » dans le but d’atteindre la sagesse. Le verbe « apprendre » désigne lui l’acquisition d’une connaissance, d’un savoir-faire, ou d’une disposition. « Apprendre à mourir » consisterait donc à se préparer à passer de la vie à la mort en cultivant un savoir ou un entraînement particuliers.

Or, l’hypothèse selon laquelle l’activité philosophique se réduirait à cette seule préparation apparaît de prime abord radicale. En effet, la mort n’est qu’un thème marginal de la philosophie telle qu’elle est appréhendée à l’époque contemporaine. Elle n’est pas, par exemple, une notion du programme de terminale. Elle ne semble pas non plus être une porte d’entrée vers la philosophie. Au contraire, on « philosophe » plutôt pour vivre, pour approfondir son rapport à autrui et s’insérer dans le monde – en somme, pour atteindre le bonheur. L’hypothèse faiblit encore si on ausculte la nature de l’activité philosophique. La philosophie est aujourd’hui une discipline littéraire spéciale, dont les théories sont réputées complexes et le style obscur. On la conçoit comme un discours, une science, et non pas comme un apprentissage pratique. En quoi précisément « philosopher » dépasserait-il largement la seule préparation à la mort ? À s’arrêter à ce premier constat, l’hypothèse à examiner paraît saugrenue. Le rapport à la mort est-il pour autant étranger à l’essence de l’activité philosophique ? On peut dépasser l’étonnement initial provoqué par le sujet et retrouver son intérêt en consultant l’histoire de la philosophie. Dans quelle mesure « apprendre à mourir » serait-il alors une composante essentielle de la philosophie ?

La philosophie pourrait-elle se réduire à la préparation à la mort ?

Si la réflexion philosophique semble de prime abord embrasser un champ bien plus large que la seule préparation à la mort (I), ce thème apparaît cependant fondamental dans la sagesse existentielle que s’efforçaient d’atteindre les philosophes de l’Antiquité (II), ce qui révèle l’évolution du sens et du contenu de l’activité philosophique jusqu’à l’époque contemporaine (III).

Commentaires :

  • J’ai choisi une accroche qui va dans le sens du point de départ de ma réflexion afin de souligner l’étonnement que doit légitimement provoquer l’énoncé.
  • Je définis les termes du sujet très simplement et je ne mélange pas cet enjeu de l’introduction avec la problématisation (le prochain enjeu de l’introduction).
  • J’écris systématiquement les termes de l’énoncé entre guillemets afin de signaler au correcteur que je traite le sujet et uniquement le sujet.
  • Je développe le point de départ de ma réflexion (« Or, l’hypothèse selon laquelle l’activité philosophique se réduirait à cette seule préparation apparaît de prime abord radicale. ») en évoquant brièvement des idées que j’approfondirai dans le développement de la dissertation.
  • J’ai choisi un plan dialectique classique : thèse, antithèse, dépassement.

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1ère partie de l’exemple de dissertation

La réflexion philosophique paraît tout d’abord irréductible à la préparation à la mort en raison de la grande diversité de ses thèmes.

Les questions privilégiées du philosophe transcenderaient l’existence humaine. Le philosophe ne réfléchirait pas à la vie et la mort, mais à l’essence de la réalité – l’homme n’est donc pas l’objet de ces réflexions. De ce point de vue, la philosophie équivaudrait à la métaphysique, c’est-à-dire à la connaissance d’un ordre de réalités supérieures, celles qui ne tombent pas sous les sens. Tel est l’objectif que lui assigne Platon, le penseur le plus influent de toute la philosophie occidentale. « Philosopher », c’est plus précisément se consacrer aux Idées, qui sont les essences éternelles de la réalité, indépendantes du monde sensible, qui est lui le lieu naturel de l’ignorance. Hors de cette vie théorique, l’homme est condamné à vivre dans l’illusion, à confondre la réalité véritable avec les apparences, comme l’explique Platon dans sa célèbre allégorie de la caverne : « Crois-tu, demande Socrate, que de tels hommes auraient pu voir quoi que ce soit d’autre, d’eux-mêmes et les uns des autres, que les ombres qui, sous l’effet du feu, se projettent sur la paroi de la grotte en face d’eux ? » (La République). L’activité philosophique servirait donc à identifier l’essence véritable de la réalité.

Ce n’est cependant pas ce à quoi se résume l’action de « philosopher ». Même en excluant la métaphysique et en s’intéressant à l’homme, le questionnement philosophique ne se réduit pas au rapport à la mort. Par exemple, l’organisation de la vie collective est un des thèmes privilégiés des philosophes : la philosophie dite « politique » est une des branches les plus fertiles de la philosophie au sens large. « Philosopher » ne serait donc pas « apprendre à mourir », mais apprendre à vivre ensemble. Aristote, qui pourrait disputer à Platon le titre de philosophe le plus influent de l’histoire de la pensée occidentale, affirme que l’homme est un « animal politique » (zoon politikon). En effet, il est capable, par le langage, de restituer rationnellement la réalité objective. Or, la nature ne crée rien en vain. Le logos signifie donc que les hommes sont voués à s’entendre afin d’engendrer, par la discussion, un nouvel ordre de réalité, une réalité politique. « Que l’homme soit un animal politique à un plus haut degré qu’une abeille quelconque ou tout autre animal vivant à l’état grégaire, cela est évident » (Les politiques). La réflexion philosophique dépasserait par-là le champ de l’existence individuelle.

La métaphysique et la philosophie politique n’épuisent toutefois pas le questionnement philosophique. « Philosopher », c’est aussi interroger la vie de l’individu, mais on ne voit toujours pas, même dans ce cadre, la prépondérance de la préparation à la mort. La réflexion philosophique prétend au contraire, dans sa version la plus pratique (par exemple dans le stoïcisme), apprendre à vivre. Ainsi, l’éthique, c’est-à-dire la « science » des principes de bonne conduite, est une branche majeure de la philosophie. Le système de Kant culmine par exemple dans l’idée que l’homme est libre parce qu’il est capable de mener son existence en fonction de principes moraux. L’activité philosophique permet, dans cette perspective, de découvrir la loi de la raison en vertu de laquelle une action est bonne. L’impératif catégorique du philosophe allemand n’apprend pas à mourir, il est une maxime de vie : « Agis de telle sorte que la maxime de ton action puisse être érigée par ta volonté en une loi universelle » (Critique de la raison pratique). Même Kant, qui a marqué l’histoire de la philosophie en replaçant le sujet au centre de la réflexion – même lui ne donne pas un rôle essentiel à la préparation à la mort.

L’hypothèse interrogée par l’énoncé semble par conséquent très étonnante. En creusant l’histoire de la philosophie, on s’aperçoit pourtant que le sens et le contenu de l’activité philosophique ont fait une place spéciale à la question de la mort.

Commentaires :

  • Même si je viens d’annoncer le plan, j’introduis la grande partie en essayant de varier la formulation (par rapport à l’annonce de plan).
  • J’ai classé mes arguments par ordre d’évidence décroissante : je commence par le « thème » philosophique en apparence le plus éloigné de la question de la mort (la métaphysique), puis j’évoque ensuite ceux qui le sont moins (la philosophie politique et l’éthique).
  • Je saupoudre les termes du sujet et leurs alternatives afin que le correcteur ne puisse jamais penser que je m’écarte d’un millimètre du sujet.
  • Je mobilise une seule référence par paragraphe parce que c’est à la fois la manière la plus simple de procéder et une garantie contre le name dropping.
  • Je conclus la grande partie en 2 phrases : la première pour rappeler l’idée générale, la seconde pour amener l’idée générale suivante.
  • J’évoque explicitement « l’énoncé » pour montrer au correcteur que je veux résoudre méthodiquement le problème intellectuel de la dissertation.

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2ème partie de l’exemple de dissertation

« Apprendre à mourir » était une dimension caractéristique de la sagesse que s’efforçaient d’atteindre les philosophes de l’Antiquité.

Ils recherchaient tout d’abord la sérénité dans l’existence. Or, cette absence de trouble visait en particulier la mort, qui est une source majeure d’angoisse chez l’être humain. « Philosopher » c’est, à cet égard, apprendre à dompter le stress injustifié qui naît de la perspective de la cessation de la vie. La réflexion philosophique apparaît alors comme une préparation, un entraînement de l’esprit. Épicure conçoit la philosophie comme le moyen de supprimer, chez l’homme, le mal, la peur, et la souffrance. Lui-même atteint d’une maladie grave depuis plusieurs années, et en cela spécifiquement conscient du terme de son existence qui le guette, il considère pourtant que l’individu souffre surtout en imagination, que ses maux sont des constructions dues à son ignorance. Celui qui ne philosophe pas n’est pas préparé à mourir : « Chacun de nous quitte la vie avec le sentiment qu’il vient à peine de naître » (Fragments). Comment un épicurien apprend-il à mourir ? Il doit connaître le monde et cultiver l’art de bien vivre, qui repose sur un dosage du plaisir au nom même du plaisir. Ainsi, l’existence philosophique serait en elle-même une préparation à la mort.

La philosophie antique transformait plus précisément le rapport à la mort en altérant le rapport au temps. Elle apprenait à l’homme que la mort n’est pas le terme brutal, soudain de la vie, mais une composante même de l’existence. Philosopher, ce serait donc réveiller, puis amplifier le sentiment du temps qui passe. Le stoïcien Sénèque recommande à son ami Lucilius de voir chaque nuit comme une petite mort : « Disposons donc chacune de nos journées comme si elle fermait la marche, comme si elle achevait et complétait notre vie » (Lettres à Lucilius). Placé, comme Épicure autrefois, dans une situation qui rend son rapport personnel à la mort exceptionnel – Néron l’a contraint à se suicider – il se rend compte que l’homme gâche son temps. « Philosopher », c’est dès lors reprendre conscience du « prix » du temps, qui est en réalité la seule valeur absolue qui existe. Le sage sait que la fin est toujours proche ; il se prépare donc à mourir le plus tôt possible, il ne remet pas ça pour ses vieux jours. En cela, le rapport à la mort est un aspect essentiel de la vie philosophique.

Il déterminerait même le rapport au monde du philosophe. Puisque le temps fuit, puisque l’agitation de l’esprit est artificielle, c’est l’existence elle-même qui apparaît futile. Si, comme le dit Sénèque, vivre c’est mourir, le véritable sens de la vie ne serait-il pas ailleurs ? Ne faudrait-il pas finalement dépasser la vie pour « apprendre à mourir » ? Pour Platon, la sagesse consiste à se libérer des contraintes du monde sensible qui entravent l’épanouissement de l’esprit. « Philosopher », c’est travailler à élever l’âme vers le ciel des Idées ; or, elle est enchaînée à la réalité de la matière, en particulier à celle du corps humain. C’est pourquoi Socrate qualifie le corps de « tombeau de l’âme » : « Tu sais, en réalité, nous sommes morts. Je l’ai déjà entendu dire par des hommes qui s’y connaissent : ils soutiennent qu’à présent nous sommes morts, que notre corps est un tombeau » (Gorgias). Dans cette perspective, l’homme est déjà mort spirituellement, et il doit mourir physiquement, c’est-à-dire rompre toute association avec son corps, pour accéder à la vie de l’esprit, libérer son âme en fréquentant les Idées. Ainsi, la préparation à la mort serait déterminante dans la conquête de la sagesse.

La philosophie antique permet donc de comprendre que l’hypothèse soumise par l’énoncé n’est pas sans fondement. Il reste cependant à évaluer l’influence de cette période et de sa conception de la sagesse à l’égard de la philosophie dans un sens plus général.

Commentaires :

  • En termes de méthode, j’applique exactement les mêmes principes que pour la 1ère grande partie.
  • J’ai classé mes arguments par ordre de précision croissante : la sérénité face à la mort, l’intégration de la mort dans la vie, puis la valorisation de la mort (équivalente à la libération de l’esprit).
  • J’ai inséré des considérations biographiques (sur Épicure et Sénèque) pour mettre en évidence, dans le rapport philosophique à la mort, le lien entre la pensée et la vie.
  • J’ai rédigé des questions dans le dernier paragraphe pour le rendre plus dynamique.
  • Cette 2ème partie révèle bien la difficulté du sujet, qui fait appel à la distinction (pas évidente) entre la philosophie comme mode de vie et la philosophie comme discours.

3ème partie de l’exemple de dissertation

Le sens et le contenu de l’action de « philosopher » ont en fait évolué le long de l’histoire de la philosophie.

Ils ont tout d’abord donné une place importante à la préparation à la mort. En effet, la philosophie antique prescrivait un certain mode de vie, tourné vers la recherche du bonheur. Elle ne consistait pas seulement en théories et en discours, elle avait un versant pratique : les philosophes vivaient souvent à l’écart de la cité, dans une marginalité plutôt méprisée par l’opinion, et ils s’entraînaient à dominer leurs passions, dont la crainte du trépas. Dans Qu’est-ce que la philosophie antique ?, Pierre Hadot montre que « philosopher » signifait alors faire le choix d’une certaine manière de vivre. Or, ce choix était le point de départ de l’activité philosophique, et non pas l’effet du discours. La « pratique » philosophique comprenait des exercices spirituels, pratiqués seul ou accompagné d’autres disciples : régimes, abstinence, épreuves d’endurance, méditations, préméditation des maux (chez le stoïcien Marc-Aurèle, par exemple), examens de conscience, et bien sûr des exercices relatifs à la mort (telle la simulation d’assassinat dans les rituels d’initiation). Selon le spécialiste de l’Antiquité, ces pratiques « étaient toutes destinées à opérer une modification et une transformation dans le sujet qui les pratiquait ». « Apprendre à mourir » était donc une dimension essentielle de l’activité philosophique.

Cependant, l’action de « philosopher » a aussi pris un autre sens. De mode de vie marginal visant la sagesse, caractérisé par un engagement initial et un entraînement, la philosophie est devenue synonyme de « science ». Dans cette perspective, le philosophe ne cherche pas à transformer son existence, et en particulier à guérir son angoisse de la mort ; il est en quête de vérité, ce pour quoi il élabore des théories et des discours. Cette conception de l’activité philosophique est celle de l’homme du XXIe siècle parce qu’elle a été véhiculée par les nécessités de l’enseignement universitaire. On peut toutefois la faire remonter à Aristote, qui s’est distingué de Socrate et de Platon en valorisant le savoir pour lui-même. Il voulait faire de la philosophie une science rigoureuse, à laquelle le sage doit se consacrer en menant une vie « théorique ». « Philosopher », c’est à ses yeux étudier les phénomènes qui nous entourent : « À l’origine comme aujourd’hui, c’est l’étonnement et l’admiration qui conduisirent les hommes à la philosophie » (Métaphysique). « Apprendre à mourir » n’a plus sa place dans cette manière de concevoir l’activité philosophique.

Les deux conceptions se seraient concurrencées dans l’histoire de la philosophie. À certaines époques, c’est, semble-t-il, l’aspiration personnelle à la sagesse qui reprend le dessus, et la préparation à la mort redevient alors un aspect essentiel de l’existence du philosophe ; à d’autres époques, c’est en apparence la dimension théorique de l’activité philosophique qui s’impose, au détriment de la pratique, ce qui évacue la question du rapport individuel à la mort. Julian Marias avance dans son Histoire de la philosophie que les deux tendances alternent le long des siècles. La philosophie désigne tantôt un champ d’investigation métaphysique, tantôt un modèle de sagesse à imiter. La théorie atteint une certaine profondeur ; elle est ensuite commentée, reprise et diffusée ; puis l’alternance se produit. Après Aristote, par exemple, la philosophie s’est vidée de son contenu dans la Grèce d’après Alexandre le Grand avec les écoles épicurienne et stoïcienne. Les idées et le discours ne disparaissent pas pour autant, mais c’est la sérénité du sage qui devient la finalité de l’activité philosophique. L’alternance se poursuit dans l’histoire, certains philosophes comme Descartes, apôtre du détachement stoïcien en même temps que du doute scientifique, combinant les deux conceptions de l’action de « philosopher ».

Commentaires :

  • Je reprends simplement la phrase de l’annonce de plan pour présenter cette dernière grande partie parce que le lecteur est loin de l’introduction.
  • Sur le fond, l’idée générale dépasse les deux précédentes par un effet de dezoom (l’inverse du zoom) au sens où je réfléchis à la question dans la perspective large de l’histoire de la philosophie.
  • En termes de méthode, j’applique toujours les mêmes principes que pour la 1ère grande partie.
  • J’ai classé mes arguments d’une façon particulière : sens n°1 de l’activité philosophique, sens n°2, vision plus générale sur la concurrence entre les 2 sens.
  • Les deux premières références sont classiques en philosophie, mais la dernière est inconnue en France (aucune traduction à ma connaissance).
  • Je me dispense d’une conclusion partielle parce que j’enchaîne avec la conclusion générale de la dissertation.

Conclusion de l’exemple de dissertation

L’hypothèse suggérée par l’énoncé est à première vue surprenante. En effet, « philosopher » apparaît, au XXIe siècle, comme une activité principalement, voire purement théorique, au sens où le philosophe manipule des idées et élabore des discours pour mettre en lumière la vérité. Les thèmes majeurs de la philosophie – la métaphysique, la philosophie politique et l’éthique – empêchent d’imaginer qu’elle se réduise à la préparation à la mort. Or, l’Antiquité offre une image différente de l’activité philosophique. « Philosopher », c’était alors dissiper le trouble de l’âme engendré par la perspective du trépas ; adopter un rapport au temps qui réintègre la mort dans l’existence comme une de ses dimensions essentielles ; se détacher du monde sensible, laisser « mourir » le corps afin que l’esprit, lui, vive pleinement. « Apprendre à mourir » est donc le trait d’une certaine conception de la philosophie. À certaines périodes de l’histoire de la pensée, le philosophe est plutôt un sage qui s’exerce à ce que sa mort future ne perturbe pas sa sérénité ; à d’autres périodes, il s’apparente davantage à un savant, un métaphysicien en quête de vérité.

Commentaires :

  • Je me contente de rappeler les résultats de ma réflexion en essayant néanmoins de faire sentir au correcteur la maturité issue du développement.
  • Je ne termine pas par une ouverture parce que c’est un risque inutile.

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Réflexions finales sur l’exemple de dissertation

Encore une fois, « Philosopher, est-ce apprendre à mourir ? » est un sujet de dissertation de philosophie particulièrement difficile en raison de la précision de l’hypothèse qu’il demande d’évaluer.

J’ai donc misé sur les bases : j’ai appliqué ma méthode de dissertation encore plus rigoureusement que d’habitude et j’ai renoncé à tout procédé, tout raffinement qui aurait pu me compliquer la tâche. En effet, plus un sujet est difficile, plus la méthode et la préférence pour la simplicité portent leurs fruits.

La seule chose qui sorte du cadre de la simplicité, c’est peut-être le fond de la dissertation, qui repose sur l’antinomie de la philosophie comme sagesse et de la philosophie comme discours. Ne sois pas impressionné(e) ni découragé(e) par l’étalage de la culture philosophique, car a) le correcteur n’attendrait rien de tel de ta part, et b) j’étais loin de pouvoir écrire cette dissertation à ton âge (tandis qu’aujourd’hui c’est ma spécialité).

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