Dans cet article, je te révèle ma méthode personnelle de dissertation en 7 étapes pour traiter simplement le sujet et rédiger facilement la copie.

Ma méthode spéciale de dissertation en 7 étapes

Romain Treffel dissertation

On dit parfois que la dissertation est « une épreuve de méthode ».

Cette expression recouvre plusieurs réalités :

  • la méthode de la dissertation est complexe ;
  • les meilleures copies se distinguent par la maîtrise de cette méthode ;
  • les correcteurs valorisent en priorité la méthodologie (plutôt que les connaissances).

Les meilleures copies forcent l’admiration par leur maîtrise méthodologique de l’exercice.
– Rapport du jury de l’ENS, 2018

Après avoir formé des candidats à la méthodologie de la dissertation pendant une dizaine d’années, j’ai élaboré une méthode spéciale en 7 étapes.

Elle est universelle parce que ses principes reposent sur les qualités fondamentales de l’expression de la pensée rationnelle à l’écrit : la pertinence, la logique, la précision, et la cohérence. Elle fonctionne notamment en philosophie, en culture générale (en Prépa HEC, par exemple), en français, en économie, et en histoire.

Lis attentivement cet article, et tu sauras comment faire une dissertation pour décrocher une bonne note sans connaître son cours par cœur ni passer sa vie dans les livres. Si tu as des questions, pose-les-moi dans les commentaires et j’y répondrai sans faute.

1ère étape de ma méthode de dissertation : la réflexion stratégique

1ère étape de ma méthode de dissertation : la réflexion stratégique

Essaie de visualiser les premières minutes d’une épreuve de dissertation : c’est le jour J ; chaque élève est à sa place, prêt à en découdre, et le surveillant (ou le prof) signale le départ en vous autorisant à retourner la feuille de l’énoncé, ou en l’écrivant au tableau.

Ça y est, tu découvres le sujet. C’est un instant spécial : ta curiosité est satisfaite ; tu ressens peut-être même un peu d’adrénaline.

À ce moment précis, tu ne dois pas laisser l’émotion prendre le dessus. Il faut que tu te ressaisisses immédiatement, car pour réussir ta dissertation, tu as besoin d’être méthodique dès la première seconde. Cela veut dire que tu dois conduire ta réflexion.

Je sais par expérience que tu négligeras certainement cette première étape. Il arrive même que mes propres élèves me déçoivent, quand nous traitons des sujets, en expédiant la réflexion préparatoire.

Or, la toute première étape est la plus importante parce que les suivantes en découlent et en dépendent.

C’est l’analyse qui a souvent permis aux meilleures copies de se distinguer.
– Rapport du jury de culture générale, HEC 2017

Que va-t-il se passer si tu bâcles la 1ère étape ?

Plus tard au cours de l’épreuve, tu risques de te rendre compte que tu n’as pas vu quelque chose, que tu as oublié certains aspects du sujet, ou même pire, que tu l’as complètement compris de travers…

Si seulement tu ne t’étais pas précipité !

Dans ma méthode de dissertation, cette 1ère étape cruciale s’appelle la réflexion stratégique.

Elle consiste en 2 opérations intellectuelles :

  1. identifier les enjeux du sujet, c’est-à-dire ce qui est important pour le traiter : les difficultés, les risques, et les opportunités ;
  2. prévoir des pistes de solution pour faire face aux difficultés et pour tirer parti des opportunités.

À force d’enseigner et d’approfondir la méthodologie de la dissertation, j’ai découvert une série de questions à se poser mécaniquement dans le cadre de la réflexion stratégique :

  • comment le sujet est-il formulé ?
  • quels sont les termes à définir en priorité ?
  • quel est le mot-clé ?
  • etc.

Après avoir traité des centaines de sujets, j’ai systématisé les adaptations à déduire des réponses afin de gérer les difficultés et les opportunités propres à l’énoncé.

Par exemple, si tu tombes sur un sujet très précis, tu risques de ne pas avoir assez de matière. Dans ce cas, tu as un intérêt stratégique à élargir habilement le champ du sujet.

Ta réflexion stratégique terminée, fais une petite synthèse des risques et des opportunités dans ta tête, quelque chose comme : « Ça ne va pas être difficile de trouver des références, mais il faut que j’évite le piège, et surtout que je problématise efficacement ».

2ème étape de ma méthode de dissertation : la prospection d’exemples

2ème étape de ma méthode de dissertation : la prospection d’exemples

Sans exemple, on ne peut rien enseigner correctement.
– Columelle

Comme l’affirme Columelle, cet écrivain latin du Ier siècle après J.-C., la valeur pédagogique de l’exemple est indéniable.

Or, cette vertu ne se cantonne pas à la relation entre un prof et un élève ; elle fonctionne aussi à l’échelle de la réflexion individuelle. Autrement dit, on peut être son propre professeur, et on a alors également intérêt à recourir à des exemples pour essayer de comprendre ce qu’on veut s’enseigner à soi-même.

Plutôt que de rester paralysé sur un objet intellectuel abstrait, le bon réflexe est d’aller au concret.

C’est pour cette raison que la recherche d’exemples mérite de constituer une étape à part entière de la méthode de la dissertation.

Tu le fais déjà inconsciemment lorsque tu réfléchis à un sujet ? Tu dois désormais le faire volontairement et rigoureusement. Tout comme la réflexion stratégique, cette étape représente un investissement dont tu recevras les dividendes dans les phases suivantes de ma méthodologie.

Chercher activement des exemples sert plus précisément à 3 choses.

C’est tout d’abord le moyen d’éviter de divaguer. La plupart des élèves réfléchissent au sujet sans suivre aucune méthode ; ils s’égarent donc dans le ciel des idées, ils nagent dans l’océan de leurs pensées sans savoir quelle direction prendre et quel sens choisir. Plutôt que de perdre ainsi ton temps, tu as intérêt à revenir sur terre en t’appuyant sur des exemples concrets et précis, grâce auxquels tu reviendras ensuite à des idées générales et théoriques. C’est le même principe que la réflexion stratégique : être méthodique, c’est conduire sa pensée ; savoir où l’on va, et mettre de l’ordre.

Cette deuxième étape sert surtout à circonscrire le champ du sujet. Lorsque tu découvres l’énoncé, tu as peut-être déjà une première impression de ses frontières ; mais elles sont encore floues dans ton esprit, car tu as besoin de creuser pour les rendre nettes. C’est en cherchant des exemples que tu dissiperas le flou pour circonscrire progressivement le champ du sujet.

Enfin, cette recherche permet également d’alimenter par avance le plan détaillé. En effet, certains exemples inspireront des arguments, des références, et tu trouveras même parfois des grandes parties en regroupant les exemples par affinité. Ce faisant, chaque minute que tu investis en cherchant des exemples peut t’en faire économiser plusieurs dans les étapes ultérieures de ma méthode de dissertation.

3ème étape de ma méthode de dissertation : la définition des termes

3ème étape de ma méthode de dissertation : la définition des termes

S’il y a bien une chose que l’on ne peut pas reprocher aux profs, c’est l’importance qu’ils accordent à la définition des termes du sujet. Je l’ai entendu pendant toute ma scolarité, et je constate avec mes élèves que le mot d’ordre n’a pas changé.

La définition fait connaître la chose.
– Aristote

C’est un réflexe intellectuel sain, mais la consigne se résume souvent à « Il faut définir les termes du sujet, c’est très important. » Dans ma méthode de dissertation, au contraire, j’accomplis cette étape en suivant des consignes précises.

Tout d’abord, je subdivise la définition des termes du sujet en 2 opérations :

  1. une opération stratégique – qui donc a sa place dans la réflexion stratégique – qui consiste à identifier les termes de l’énoncé à définir ;
  2. l’opération de la définition des termes elle-même, qui s’appuie logiquement sur les résultats de l’opération stratégique.

La définition des termes en elle-même est une étape cruciale parce qu’elle conditionne la réflexion que tu mèneras dans les prochaines étapes. Par exemple, il n’est pas rare que le balancement dialectique du plan repose sur une nuance de définition. Les nuances que tu décèles dans le sens des termes du sujet sont de surcroît une source d’inspiration directe pour trouver la problématique de la dissertation.

Exemple de définition des termes du sujet :

« Pensez vous que cette phrase de Paul Valéry, énoncée en 1919 : « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles » s’applique aujourd’hui à l’Europe ? » (culture générale ENA 2013)

Voici comment je sélectionnerais stratégiquement les termes à définir :

  • Il est inutile de définir les mots du concepteur (« Pensez vous que cette phrase de Paul Valéry, énoncée en 1919 […] s’applique aujourd’hui à l’Europe ? »), puisque le problème intellectuel porte sur la citation.
  • On peut toutefois préciser ce qu’on entend par « Europe » (le continent ? La civilisation ? Les institutions communes ? etc.), même si l’énoncé présuppose que l’on réfléchisse à l’Europe en tant que civilisation.
  • Il faut bien sûr définir le sujet, « civilisation », et le 1er verbe, « savoir », mais il n’est pas employé dans un sens précis.
  • Dans la mesure où il est employé sur un plan métaphorique (la « mort » d’une civilisation), l’adjectif « mortelles » n’appelle pas une définition, mais une clarification : il suffira de préciser dans l’introduction que cette « mort » renvoie à l’ampleur des destructions matérielles, mais aussi à la dissolution d’une certaine communauté d’esprit européenne après la Première Guerre mondiale (cela ne relève pas de la définition des termes, cela fait partie de l’analyse du sujet).

En définitive, on doit surtout définir « civilisation » et « savoir », voire même seulement le premier des deux termes (étant donné l’imprécision du second).

Voici mes définitions :

  • « Une civilisation désigne un ensemble très large de communautés humaines qui partagent un certain fonds culturel et historique. »
  • « La civilisation « sait » au sens où une nouvelle connaissance – en l’occurrence, le souvenir d’une tragédie historique – est à l’origine, chez elle, d’une prise de conscience. »

4ème étape de ma méthode de dissertation : la problématisation

4ème étape de ma méthode de dissertation : la problématisation

Dans le mot « problématisation », il y a « problème » – or, la dissertation consiste fondamentalement dans la résolution d’un problème intellectuel.

La problématisation est donc une étape cruciale de la méthode de la dissertation.

Cette composition permet au candidat de montrer qu’il sait analyser et problématiser un sujet, qu’il maîtrise les connaissances nécessaires et qu’il sait les organiser.
– Rapport du jury d’histoire, Sciences Po Paris 2016

Si tu la rates, alors tu rateras probablement la dissertation en entier, parce que tu ne chercheras pas à résoudre le bon problème intellectuel. En revanche, si tu problématises efficacement le sujet, alors tu es sur la bonne voie pour réussir ta dissertation.

Il est vrai que c’est une étape plus compliquée dans certaines matières (ex : philosophie, culture générale) que dans d’autres (ex : histoire, géopolitique, économie).

Le but est de trouver la problématique, la question par laquelle se termine l’introduction. C’est cette question qui spécifie le problème intellectuel suggéré par l’énoncé. La convention veut qu’elle soit différente du libellé du sujet, même si celui-ci présente le problème de manière transparente – dans ce cas, il suffit de reformuler l’énoncé.

Dans la méthodologie de la dissertation, on parle de « problématique » plutôt que de « problème » pour dire qu’il faut envisager le problème à résoudre sous divers angles.

Je cherche la problématique en 2 étapes :

  1. j’identifie ce que j’appelle le « point de départ de ta réflexion », une idée simple et frappante contenue dans l’énoncé ;
  2. j’en déduis le problème intellectuel à résoudre et je l’exprime sous la forme d’une question, la problématique.

Cette méthode de problématisation fonctionne quel que soit le sujet et quelle que soit la matière.

1/ Trouver le point de départ de la réflexion

La première des deux sous-étapes de la problématisation consiste à trouver le point de départ de la réflexion, dont tu déduiras la problématique.

Si tu le fais déjà lorsque tu réfléchis avec rigueur, ce n’est pas encore une opération intellectuelle explicite. Tu peux donc rendre ta réflexion plus efficace en identifiant clairement l’idée initiale de ta réflexion, comme en mathématiques, où les raisonnements partent souvent d’une hypothèse de départ.

Le point de départ de la réflexion est l’idée dont tu te sers de tremplin afin de mettre en évidence le problème intellectuel à résoudre dans la dissertation.

C’est une idée simple et évidente contenue dans l’énoncé, l’aspect par lequel il frappe l’esprit. En général, tu n’auras pas de mal à la trouver, parce que les concepteurs des sujets les formulent dans le but de stimuler le questionnement.

Pour autant, le point de départ de la réflexion est plus ou moins explicite selon les sujets – il faut parfois réfléchir plus profondément, ou s’appuyer sur sa culture personnelle.

Exemple :

« Pensez vous que cette phrase de Paul Valéry, énoncée en 1919 : « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles » s’applique aujourd’hui à l’Europe ? » (culture générale ENA 2013)

La suggestion de l’énoncé semble spontanément aberrante pour 2 raisons : 1° près de 100 ans séparent les deux moments à comparer ; 2° l’après-Première Guerre mondiale est une situation très particulière, à laquelle il est a priori impossible de comparer celle de 2013.

Quand tu as trouvé l’idée d’où faire partir ta réflexion, il ne te reste plus qu’à en déduire le problème intellectuel de la dissertation et à le formuler.

2/ Trouver le problème et formuler la problématique

Pour simplifier les choses, je m’occupe d’abord du fond (1) – trouver le problème intellectuel de la dissertation, c’est-à-dire l’idée de la problématique – et ensuite de la forme (2) – rédiger avec soin la question qui a sa place à la fin de l’introduction.

(1) L’idée qui te sert de point de départ engendre un problème manifeste, comme :

  • la pertinence d’un préjugé ;
  • la réalité d’une contradiction ou une incompatibilité ;
  • la source d’une forme d’exagération ;
  • la pertinence d’un présupposé ;
  • etc.

Exemple :

« Pensez vous que cette phrase de Paul Valéry, énoncée en 1919 : « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles » s’applique aujourd’hui à l’Europe ? » (culture générale ENA 2013)

  • Le point de départ de la réflexion est l’apparente impossibilité de comparer deux époques éloignées dans le temps et différentes par leurs contextes historiques.
  • Le problème intellectuel consiste donc à vérifier le caractère douteux de l’analogie entre les deux époques : l’hypothèse est-elle si aberrante que cela ?

(2) Pour formuler l’idée de la problématique, il faut miser sur la clarté.

En effet, une question claire facilite la recherche des grandes parties et des arguments (qui sont des éléments de réponse au problème de la dissertation) et favorise évidemment la compréhension du correcteur.

Pour rédiger une problématique claire :

  • privilégie les solutions courtes, qui sont statistiquement plus claires ;
  • n’emploie pas de termes que tu n’es pas capable d’utiliser dans une conversation (par exemple, du vocabulaire technique en philosophie ou en économie).

→ Je te rappelle aussi que la problématique doit être une question « fermée », c’est-à-dire qu’elle impose un choix parmi des réponses préétablies.

Par exemple, « La philosophie peut-elle se réduire à la préparation à la mort ? » est bien une question fermée parce qu’elle invite à répondre « oui » ou « non ». En revanche, « Quel est le rapport de la philosophie à la mort ? » est une question ouverte parce qu’elle ne cadre pas les réponses possibles.

Exemple :

« Pensez vous que cette phrase de Paul Valéry, énoncée en 1919 : « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles » s’applique aujourd’hui à l’Europe ? » (culture générale ENA 2013)

  • Point de départ de la réflexion : l’analogie entre les deux époques semble spontanément aberrante.
  • Problème intellectuel : on se demande à quel point l’analogie est douteuse.
  • Problématique : « L’état de la conscience collective de l’Europe actuelle aurait-il quelque chose du sentiment de fragilité de la civilisation né de la Première Guerre mondiale ? »

Remarques :

  • Il était difficile de faire plus court étant donné la longueur et la difficulté du sujet.
  • Je ne recours à aucun terme technique, sauf peut-être la « conscience collective » (et encore, je ne l’emploie pas dans un sens psychanalytique).

5ème étape de ma méthode de dissertation : la construction du plan

5ème étape de ma méthode de dissertation : la construction du plan

Par « construction du plan », j’entends les grandes parties du développement de la dissertation : le grand I, le grand II, etc.

Cette étape vient après la problématisation dans la méthodologie de la dissertation, parce que les idées générales des grandes parties constituent des éléments de réponse à la question de la problématique. C’est d’ailleurs pour cette raison que, dans l’introduction, on annonce le plan après avoir posé la problématique.

Une problématique est la mise en tension de l’esprit par dévoilement d’une logique mise en œuvre dans le plan.
– Rapport du jury de français, ENS 2018

Il n’existe cependant pas une seule et unique manière de répondre à la problématique de la dissertation. En pratique, il n’est pas rare que des copies obtiennent la même note avec des plans différents.

Ce que recherche le correcteur dans le plan de la dissertation, ce ne sont pas tant des idées précises que des qualités intellectuelles.

Un bon plan présente les caractéristiques suivantes :

  • il est pertinent : il répond à la problématique de manière très ciblée ;
  • il est fluide : ses parties sont articulées logiquement ;
  • il est progressif : son mouvement reflète l’avancée de la réflexion ;
  • il est cohérent : les idées ne se contredisent pas et forment un tout.

Maintenant, comment trouver un plan de dissertation ?

– Tu dois tout d’abord brainstormer les réponses à la problématique.

Tu te poses la question ; tu réfléchis, et tu te dis « On pourrait répondre ça »… « On pourrait répondre ça »… etc. Ce qui vient après « On pourrait répondre », c’est une idée générale dont tu te serviras peut-être comme grande partie.

N’aie pas l’ambition de trouver « la vérité », mais seulement des éléments de réponse intelligents et pertinents à un problème intellectuel. Les sujets sont généralement complexes (surtout en philosophie et en culture générale), c’est pourquoi il est normal de les envisager sous des angles différents et tout aussi justes.

→ Tu dois arriver au moins à autant d’idées qu’il y a de parties dans ton plan. S’il en manque, alors il faut encore brainstormer ; si tu en as trop, tu arriveras au nombre exact en éliminant – c’est plus facile – ou en fusionnant les idées. C’est à toi de décider au cas par cas : plus tu t’entraînes, meilleures seront tes décisions.

D’après mon expérience, le point de départ de la réflexion sert souvent de première grande partie, de telle sorte qu’il n’en reste plus que 1-2-3 à trouver (selon ton type de plan).

– Tu dois ensuite organiser les grandes parties.

Une fois que tu as le quota d’idées générales requises, il ne reste plus qu’à les classer par ordre d’évidence décroissante (de la plus évidente à la moins évidente) afin que ton plan reflète la progression de ta réflexion ; puis à les articuler logiquement.

Dans la plupart des plans en 3 parties (dits « dialectiques »), le grand I sert à développer dans le détail le point de départ de ta réflexion – puisque c’est l’idée la plus évidente qui émane de l’énoncé ; le grand II s’y oppose, et le grand III dépasse, sans les annuler, les deux premières idées. En revanche, il n’existe malheureusement pas de formule magique pour trouver la dernière grande partie – et je suis d’accord, c’est parfois difficile.

→ Étant donné que tu dissertes avec une contrainte de temps, tu dois savoir te contenter du plan convenable qui fait l’affaire, plutôt que de viser le plan « parfait » que tu ne trouves pas dans les temps.

Dans tous les cas, ne néglige pas la dernière idée générale de ton plan, et fais en sorte qu’elle soit cohérente avec les précédentes. Les correcteurs sanctionnent systématiquement les dissertations dont la dernière partie est « indigente » ou trop courte par rapport aux autres parties.

– Tu peux aussi t’inspirer des 7 types de plans traditionnels en dissertation.

  1. Le plan critique (2 parties) : thèse dans le grand I, antithèse dans le grand II.
  2. Le plan dialectique (3 parties) : thèse dans le grand I, antithèse dans le grand II, dépassement de l’opposition dans le III.
  3. Le plan analytique (3/4 parties) : les aspects du problème dans le grand I, ses causes dans le grand II, les conséquences et/ou les solutions dans les grands III et IV.
  4. Le plan thématique (3 parties) : un thème précis par grande partie.
  5. Le plan « thématico-analytique » (3 parties) : les symptômes sociaux du problème en grand I, ses causes économiques en grand II, les solutions politiques en grand III.
  6. Le plan chronologique (3 parties) : période n en grand I, période n+1 en grand II, période n+2 en grand III.
  7. Le plan « ENA » : les faits essentiels à la compréhension du problème en I.A., les théories avancées pour l’expliquer en I.B., les solutions mises en œuvres par le passé en II.A., les pistes de solutions envisageables en II.B.

Pour faire simple, je te conseille de privilégier le plan dialectique (n°2) parce qu’il est, à mes yeux, le plus utile et le plus flexible.

Exemple :

« Pensez vous que cette phrase de Paul Valéry, énoncée en 1919 : « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles » s’applique aujourd’hui à l’Europe ? » (culture générale ENA 2013)

Ma problématique est : « L’état de la conscience collective de l’Europe actuelle aurait-il quelque chose du sentiment de fragilité de la civilisation né de la Première Guerre mondiale ? ».

Voici le résultat de mon brainstorming :

  • On pourrait répondre que les deux époques sont trop éloignées et leurs circonstances trop différentes pour se permettre une analogie pertinente (c’est l’idée du point de départ de ma réflexion).
  • On pourrait aussi répondre que l’idée du déclin de l’Europe en tant civilisation – si tant est qu’elle en est une – on pourrait répondre que cette idée trouverait justement son origine dans le sentiment de fragilité engendré par la Première Guerre mondiale.
  • On pourrait enfin répondre, en choisissant d’être optimiste, que les doutes qui habitent la conscience collective européenne actuelle témoignent des mutations de la civilisation, de son renouveau, plutôt que d’une disparition.

Je formulerais mon plan de la manière suivante : « Si la conscience collective de l’Europe actuelle paraît de prime abord bien différente de celle de l’après-Première Guerre mondiale (I), elle semble toutefois habitée par un sentiment de déclin qui rappelle le sentiment de fragilité exprimé par Paul Valéry en 1919 (II), mais les doutes de la civilisation européenne révèlent finalement les mutations rapides qu’ils accompagnent plutôt que la menace d’une disparition (III).

6ème étape de ma méthode de dissertation : l’argumentation

6ème étape de ma méthode de dissertation : l’argumentation

Ce que j’appelle « argumentation » consiste en 2 choses :

  1. trouver les arguments pour développer chaque grande partie ;
  2. trouver les références pour étayer ces arguments.

1/ Trouver les arguments

Les arguments sont des idées plus précises qui servent à développer et à renforcer l’idée générale de chaque grande partie.

Par exemple, « la conscience collective de l’Europe actuelle paraît de prime abord bien différente de celle de l’après-Première Guerre mondiale » est une idée générale (grand I de l’exemple). « L’Europe de 2013 est globalement pacifique, tandis que celle de 1919 sortait tout juste d’un conflit désastreux. » est une idée plus précise qui va dans le même sens.

Les arguments doivent donc être cohérents par rapport à l’idée générale, puisqu’ils servent à accroître son crédit.

Ils doivent également l’être entre eux : ce sont des idées compatibles, valables en même temps, et dont la force s’additionne dans le but de démontrer l’idée plus générale de la grande partie.

Enfin, une connaissance en elle-même ne peut pas servir d’argument, même si elle peut en inspirer un (consciemment ou inconsciemment).

Pour trouver les arguments, il suffit de brainstormer comme à l’étape précédente, mais à une échelle de généralité inférieure :

  • tu te dis « Pour montrer [l’idée générale de la grande partie], on pourrait dire ça. » jusqu’à avoir assez d’arguments ;
  • si tu en as trop, tu en élimines ou tu en fusionnes ;
  • enfin, tu les classes dans un ordre clair et logique (par exemple, du plus évident au moins évident).

Exemple :

« Pensez vous que cette phrase de Paul Valéry, énoncée en 1919 : « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles » s’applique aujourd’hui à l’Europe ? » (culture générale ENA 2013)

La conscience collective de l’Europe actuelle paraît de prime abord bien différente de celle de l’après-Première Guerre mondiale (I) :

  • On pourrait dire que l’Europe de 2013 est globalement pacifique, tandis que celle de 1919 sortait tout juste d’un conflit désastreux.
  • On pourrait dire qu’elle apparaît au contraire comme une entité plus vivante (échanges économiques, culturels, etc.) aujourd’hui qu’après la Seconde Guerre mondiale.
  • On pourrait enfin dire que le projet politique européen a quelque part donné vie à une conscience collective européenne.

J’ai classé les arguments par ordre d’évidence décroissante.

Une fois que tu as les arguments pour développer une grande partie, il te reste à les étayer avec des connaissances précises.

2/ Trouver les références

Pour faire simple, j’emploie, le mot « référence » dans un sens très général, pour désigner une portion de savoir de la discipline dans laquelle tu dissertes. Cela peut être un ouvrage, un fait ou une évolution historique, une statistique, une loi « scientifique », etc.

Le tout est que la « référence » en question apporte du crédit à l’idée de l’argument. Tu dois donc logiquement chercher les références après les arguments.

Tu seras bien sûr dans l’embarras si tu n’as pas un minimum de connaissances pertinentes par rapport au sujet, donc je pars du principe que tu n’as pas l’esprit totalement vierge. Pour être efficace, tu as intérêt à estimer la quantité de connaissances nécessaires à la dissertation et à les préparer dans le format propre à l’exercice.

– Combien de références mobiliser dans une dissertation ?

Dans le plan détaillé, l’idéal est d’étayer chaque argument par une référence.

Pour autant, ce n’est pas la mort si tu n’atteins pas cet idéal, tant que tu t’en approches. Quand tu es en panne de référence, contente-toi de développer un peu plus l’idée et essaie de l’accompagner d’un exemple précis de la vie quotidienne qui ne te semble pas trop vulgaire.

– Comment choisir les références ?

Pour faire simple, je te recommande de suivre les 4 règles suivantes :

  1. une seule et unique « référence » par argument ;
  2. une seule fois la même référence dans une dissertation ;
  3. maximum 20 % (environ) de références originales ;
  4. pas de référence controversée (ex : Hitler) si tu ne la tires pas d’une source qui fait autorité (cours ou manuel).

Exemple :

« Pensez vous que cette phrase de Paul Valéry, énoncée en 1919 : « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles » s’applique aujourd’hui à l’Europe ? » (culture générale ENA 2013)

La conscience collective de l’Europe actuelle paraît de prime abord bien différente de celle de l’après-Première Guerre mondiale (I) :

  • On pourrait dire que l’Europe de 2013 est globalement pacifique, tandis que celle de 1919 sortait tout juste d’un conflit désastreux.
    • Dans Les Conséquences économiques de la paix (écrit en 1919), Keynes expliquait que la paix conclue, foncièrement injuste sur le plan économique, risquait de décupler l’animosité entre les belligérants de la Première Guerre mondiale et mettait ainsi en péril la sécurité de l’Europe.
  • On pourrait dire qu’elle apparaît au contraire comme une entité plus vivante (échanges économiques, culturels, humains, etc.) aujourd’hui qu’après la Seconde Guerre mondiale.
  • On pourrait enfin dire que le projet politique européen a quelque part donné vie à une conscience collective européenne.
    • Dans ses Mémoires, Jean Monnet plaide pour une union pratique – économique, puis politique – afin de faire émerger une union de conscience, c’est-à-dire une véritable conscience collective européenne.

Les grandes parties du développement, les arguments qui les développent, et les références qui étayent ces arguments forment le « plan détaillé » de la dissertation.

Voici la structure idéale d’un plan détaillé[1] en 3 parties :

I) Idée générale 1

A) Idée précise 1 (Référence 1)

B) Idée précise 2 (Référence 2)

C) Idée précise 3 (Référence 3)

II) Idée générale 2

A) Idée précise 4 (Référence 4)

B) Idée précise 5 (Référence 5)

C) Idée précise 6 (Référence 6)

III) Idée générale 3

A) Idée précise 7 (Référence 7)

B) Idée précise 8 (Référence 8)

C) Idée précise 9 (Référence 9)

De mon point de vue, le plan détaillé est tout ce qu’il te faut au brouillon pour rédiger ta dissertation – tu n’as pas besoin de plus.

7ème étape de ma méthode de dissertation : la rédaction

7ème étape de ma méthode de dissertation : la rédaction

J’ai constaté en lisant des centaines de copies et en échangeant avec des correcteurs des concours que la rédaction laisse souvent à désirer.

Les défauts sont récurrents :

  • l’introduction est mal organisée et on y comprend difficilement comment l’élève problématise le sujet ;
  • les paragraphes du développement ne s’enchaînent pas logiquement ;
  • ils sont écrits maladroitement et manquent de cohérence interne ;
  • la dernière grande partie est bâclée ;
  • la conclusion est trop courte ou inutilement compliquée ;
  • etc.

Bien que, presque chaque année, et à la demande des professeurs des classes préparatoires, le jury dans son rapport rappelle ce qu’il entend par « dissertation », il apparaît que la majorité des candidats ne sait toujours pas en rédiger.
– Rapport du jury de culture générale, HEC 2014

Le côté positif de cette situation, c’est que tu n’as pas besoin d’écrire comme Proust pour rédiger une bonne dissertation. Il suffit de suivre quelques consignes simples.

Souviens-toi que tu écris pour le correcteur, qui n’a ni l’envie ni le temps de te lire. Les qualités de ta rédaction doivent donc être grossières pour sauter aux yeux lors de la première lecture (qui sera souvent la seule).

Je vais te montrer ma méthode pour rédiger efficacement :

  • l’introduction et la conclusion ;
  • les paragraphes du développement ;
  • les introductions et les conclusions partielles (qui encadrent les grandes parties).

1/ La rédaction de l’introduction et de la conclusion

Le correcteur lit souvent l’introduction et la conclusion à la suite pour se faire une bonne idée de ta dissertation sans avoir à plonger dans le développement.

L’introduction est la partie la plus importante de la dissertation : elle a un poids disproportionné dans la notation, et elle peut même suffire à juger la copie dans sa totalité. En clair, tu as intérêt à la rédiger avec soin.

L’idéal est de la structurer en fonction de ses enjeux :

  • le 1er paragraphe (3-4 phrases) sert à accrocher le correcteur et à justifier l’intérêt de l’énoncé ;
  • le 2ème sert à définir les termes du sujet ;
  • le 3ème sert à expliciter le point de départ de la réflexion (2-3 phrases) et à mettre en évidence les sous-problèmes du problème principal (autant de questions que de grandes parties, séparées par des phrases de liaison) ;
  • le 4ème sert à poser la problématique ;
  • le 5ème (après un saut de ligne) sert à annoncer le plan.

La conclusion a, elle, un poids très faible dans la notation.

En effet, elle ne sert qu’à résumer les résultats de la réflexion. Je te déconseille de terminer par une ouverture, parce que c’est un détail aussi inutile que compliqué à réaliser.

Ce n’est toutefois pas une raison pour rédiger le dernier paragraphe de la dissertation à la va-vite, car si le correcteur ne valorisera pas une conclusion « réussie », il sanctionnera en revanche une conclusion trop courte ou maladroite.

Voici mes conseils pour satisfaire le correcteur :

  • résume le développement en 5-6 phrases (plus, c’est inutile) ;
  • soigne un minimum la rédaction (par exemple, en utilisant des connecteurs logiques) ;
  • si tu es pris par le temps, contente-toi de reformuler ton annonce de plan (2 phrases par grande partie).

Avec une introduction solide et une conclusion honnête, ta copie fera une impression favorable sur le correcteur.

2/ Les paragraphes du développement

À quoi sert précisément un paragraphe du développement ?

Sa finalité est de présenter, puis d’expliciter l’idée de l’argument.

Voici la structure que je te recommande[2] :

  1. présenter l’argument en une seule phrase courte (un seul verbe conjugué) ;
  2. le développer en 2-4 phrases (toujours pas de connaissance) ;
  3. introduire une connaissance pertinente (mise en évidence) avec une phrase claire ;
  4. développer cette connaissance en au moins 2 phrases, idéalement en incluant une citation ;
  5. conclure avec une phrase qui reformule l’argument.

Bien sûr, la taille des paragraphes varie avec la durée de l’épreuve et, à l’intérieur d’une même copie, avec les fluctuations de ton inspiration. En revanche, je te conseille de respecter scrupuleusement, pour chaque paragraphe, la structure en 5 parties ainsi que leurs proportions.

Tu seras rapidement à l’aise avec cette structure simple. Tu peux même « prérédiger » des paragraphes avec les connaissances nécessaires à ton épreuve et les apprendre afin de les réutiliser dans ta copie (en les adaptant à ton argumentation) le jour J.

Exemple de paragraphe de dissertation :

[1] La mémoire peut être conçue comme un espace. [2] Elle permettrait alors de fixer, puis de conserver les souvenirs de la même manière que des marchandises sont stockées dans un entrepôt. Dans cette conception, le facteur primordial de l’efficacité de la mémoire est l’ergonomie de l’entrepôt mental : on se souviendrait d’une chose dans un esprit organisé aussi facilement qu’on retrouve un objet dans une pièce bien rangée. [3] Telle est l’hypothèse qui fonde la tradition occidentale de la mnémotechnie. [4] Perpétuée par les champions de la mémoire, elle était cependant plus développée dans l’Antiquité, où les orateurs tiraient leur prestige de discours très longs et très travaillés. La mémoire constituait ainsi la quatrième des cinq parties de la rhétorique, certains auteurs affirmant même que la sophistication de la mnémotechnie avait donné naissance à un véritable « art de la mémoire » (ars memoriae). Cicéron étaye cette thèse dans sa Rhétorique à Hérennius en exposant la fameuse méthode des « lieux de mémoire ». Celle-ci rend possible une mémoire artificielle dont la puissance résulte principalement de l’ordre mis dans l’espace virtuel : « Quand les lieux de mémoire sont bien classés, l’image nous rappelle la chose ». Idéalement, ces lieux sont de taille moyenne, bien distincts, et peu fréquentés. [5] L’efficacité prouvée de cette technique plaide en faveur d’une conception spatiale de la mémoire.

3/ Les introductions et les conclusions partielles

Les introductions et les conclusions partielles sont les quelques phrases (parfois une seule) qui servent à introduire une grande partie ou à assurer la transition vers la suivante.

D’un côté, elles sont utiles dans la mesure où elles fluidifient la lecture du correcteur ; de l’autre, elles risquent quand même de te détourner de l’essentiel.

Qu’en conclure ?

J’estime que les introductions et les conclusions partielles sont des détails qui n’ont jamais suffi à réussir ni à rater une dissertation.

Dès lors, tu peux tout à fait ne pas t’en préoccuper et les expédier le jour J, en particulier si tu considères que tu as suffisamment à faire avec les autres enjeux de rédaction.

Si tu souhaites les soigner un minimum, je te conseille de suivre quelques règles simples :

  • évite les questions, qui demandent un effort supérieur de formulation ;
  • ne perds pas de temps à exprimer précisément le lien entre deux grandes parties si c’est trop compliqué ;
  • introduis chaque grande partie en reformulant la phrase de l’annonce de plan ;
  • conclus chaque grande partie en 2 phrases : la première pour résumer l’idée générale de celle qui s’achève, la seconde pour expliciter ce qui, dans l’argumentation, justifie de passer à la suivante.

Exemple :

« Philosopher, est-ce apprendre à mourir ? »

  • Annonce de plan : « Si la réflexion philosophique semble de prime abord embrasser un champ bien plus large que la seule préparation à la mort (I), ce thème apparaît cependant fondamental dans la sagesse existentielle que s’efforçaient d’atteindre les philosophes de l’Antiquité (II), ce qui révèle l’évolution du sens et du contenu de l’activité philosophique jusqu’à l’époque contemporaine (III). »
  • Introduction partielle du grand I : « La réflexion philosophique paraît tout d’abord irréductible à la préparation à la mort en raison de la grande diversité de ses thèmes. »
  • Conclusion partielle du grand I : « L’hypothèse interrogée par l’énoncé semble par conséquent très étonnante. En creusant l’histoire de la philosophie, on s’aperçoit pourtant que le sens et le contenu de l’activité philosophique ont fait une place spéciale à la question de la mort. »

DISSERTATIONS ENTIÈREMENT RÉDIGÉES


▶︎ « Philosopher, est-ce apprendre à mourir ? »
▶︎ « Faire parler un texte » (HEC 2017)


[1] Certains profs incluent également l’introduction rédigée dans le plan détaillé.

[2] Quelle que soit la matière dans laquelle tu dissertes.